Une nouvelle solution écologique pour nettoyer les eaux résiduelles des fermes à crevettes

Par Jeanine Moyer

Guelph – Les crevetticulteurs de l’Ontario pourraient bientôt franchir un cap écologique… grâce aux algues! Une nouvelle recherche vise à utiliser des algues pour nettoyer de façon naturelle l’eau salée recirculée des fermes à crevettes. Le nouveau processus n’en est qu’à ses premiers stades de développement. Très efficace, il consiste à éliminer les nutriments et le dioxyde de carbone de l’eau salée recirculée, et il est actuellement testé par l’Université de Guelph.

« L’idée n’est pas toute neuve », reconnaît Andreas Heyland, principal chercheur du projet et professeur en biologie intégrative à l’Université de Guelph. « Mais nous avons réussi à sélectionner des souches d’algue très efficaces, capables de pousser dans l’eau recirculée. »

Ces dernières années, la crevetticulture à l’intérieur des terres a pris de l’ampleur en Ontario; la hausse de la demande pour des crevettes locales cultivées à proximité du marché en est la cause. Les crevetticulteurs cherchent donc de nouvelles façons de gérer l’accumulation de nutriments dans le système de production : les méthodes traditionnelles ne produisent que peu de revenus, et l’eau salée ne peut pas facilement être rejetée dans l’environnement.

Trouver la souche d’algue qui permettra de supprimer l’excédent de nutriments est la clé pour parvenir à nettoyer l’eau et offrir un nouveau produit commercialisable : les algues de culture.

« Une fois qu’elles ont poussé, les algues peuvent servir à produire du biocarburant ou des produits de beauté, et elles peuvent même être utiles en biotechnologie. Par conséquent, l’importante quantité d’algues qui poussent grâce aux nutriments fournis par l’aquaculture de crevettes pourrait représenter une nouvelle source de revenus pour les crevetticulteurs. C’est gagnant-gagnant », explique-t-il.

M. Heyland et son étudiant postdoctoral, Reynald Tremblay, travaillent sur ce projet depuis plus d’un an. Ils ont cherché à déterminer quelle était la souche d’algue la plus efficace, mais ont aussi collaboré avec Wael Ahmed, de l’école d’ingénierie de l’Université de Guelph, afin de concevoir un photobioréacteur efficace dans lequel les algues peuvent être séparées de l’eau des crevettes tout en profitant de conditions de croissance optimales.

Le nouveau système fait passer l’eau de production dans un photobioréacteur dans lequel se trouvent les souches d’algue, qui vont se nourrir des nutriments et pousser. Au fil du temps, les algues peuvent être récoltées et traitées pour des applications en aval, ce qui offre de nouvelles possibilités commerciales et de nouvelles sources de revenus pour les aquaculteurs.

« C’est une façon naturelle d’éliminer les nutriments, explique M. Heyland. Nous sommes encore en train de procéder à des essais en laboratoire pour le réacteur et les souches d’algue, mais nous prévoyons tester le système à plus grande échelle dans une ferme à crevettes locale. »

La recherche de M. Heyland pourrait s’étendre au traitement naturel des eaux résiduelles d’autres industries, comme les eaux usées municipales. Il en va de même pour l’utilisation de souches d’algue et le développement du réacteur.

« Ce projet a un gros potentiel en matière de gérance de l’environnement et de qualité de l’eau. Les principes sont simples : trouver l’algue la plus efficace pour éliminer l’excédent de nutriments, puis créer un environnement permettant aux organismes de nettoyer l’eau naturellement », conclut-il.

Le projet de recherche et le prototype de réacteur initial ont été élaborés avec l’appui financier du programme Gryphon’s Leading to Accelerated Adoption of Innovative Research (LAAIR) lancé à l’Université de Guelph en partenariat avec le ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario. Le programme Gryphon’s LAAIR reçoit des fonds de Cultivons l’avenir 2, une initiative fédérale, provinciale et territoriale.

Image: University of Guelph