Technique de stérilisation des insectes prometteuse pour la lutte contre un insecte ravageur du poivron de serre

image: parLilian Schaer, AgInnovation Ontario

Par Jane Robinson

Les producteurs de poivrons de serre de l’Ontario sont aux prises avec un insecte ravageur très envahissant, mais ils ne disposent que de très peu de moyens de lutte efficaces pour en venir à bout. En effet, le charançon du poivron menace le secteur ontarien du poivron de serre de 420 millions de dollars – une culture à rentabilité élevée qui couvre une superficie d’environ 520 hectares (1 285 acres) en Ontario.

Une chercheure de l’Université de Guelph, Dre Cynthia Scott-Dupree, met actuellement à l’essai une stratégie de lutte génétique qui pourrait bien apporter aux producteurs un espoir dont ils ont tant besoin.

« Le charançon du poivron a commencé à causer d’importantes pertes économiques en Ontario en 2015 », affirme Mme Scott-Dupree, professeure à l’École des sciences de l’environnement et titulaire de la chaire Bayer en matière de lutte antiparasitaire durable. « Aucun insecticide efficace contre l’insecte adulte n’existe vraiment, et les dommages directs causés aux poivrons ne sont pas apparents tant que le fruit n’est pas coupé. »

Les charançons femelles adultes pondent un seul œuf dans une perforation à la surface du poivron. Après l’éclosion de l’œuf, les larves s’alimentent à l’intérieur du poivron. L’insecte adulte émerge à l’intérieur du fruit, s’y alimente un peu plus, s’y accouple, puis en sort. Et le cycle recommence.

Il y a environ cinq ans, Mme Scott-Dupree a commencé à travailler à la mise au point d’une technique de stérilisation des insectes (TSI) visant à lutter contre la mineuse s’attaquant aux chrysanthèmes cultivés en Ontario. Bruce Power s’est ensuite adressée à elle au sujet du potentiel d’utilisation du rayonnement gamma comme moyen de lutte contre les insectes nuisibles dans l’agriculture ontarienne.

« Je leur ai parlé du problème lié au charançon du poivron, car je savais que les producteurs étaient à court de solutions », dit-elle.

image: par A. Bhatwa, Agriculture and Agri-Food Canada

La TSI est une technique de stérilisation qui permet de réduire rapidement une population d’insectes ravageurs. Elle a été utilisée avec succès pour lutter contre le carpocapse de la pomme en Colombie-Britannique et le ver en vis chez les animaux d’élevage américains. Dans le cas du charançon du poivron, comme les pupes sont irradiées, les insectes mâles en croissance ne produisent pas de sperme viable; toutefois, leur apparence et leur comportement ne sont pas affectés.

« Nous voulons que les mâles soient stériles, mais qu’ils se comportent et s’accouplent normalement. C’est l’équilibre magique que nous recherchons », ajoute-t-elle.

Si le concept de Mme Scott-Dupree donne les résultats escomptés, les charançons femelles continueront de pondre leurs œufs à l’extérieur du poivron, mais il n’y aurait pas de galeries ou d’autres dommages aux cultures du fait de la non-éclosion des œufs.

image: OMAFRA, Queens Printer for Ontario, 2018

« Ce qui est passionnant avec la TSI, c’est qu’il s’agit d’une technique qui s’harmonise parfaitement avec les stratégies de lutte biologique en serre. Les charançons stériles n’auront aucun effet négatif sur tout autre aspect de la culture en serre », affirme Mme Scott-Dupree.

Avec l’appui du programme Gryphon’s Leading to Accelerated Adoption of Innovative Research (LAAIR) de l’Université de Guelph, Mme Scott-Dupree concentre ses travaux sur l’établissement de la dose efficace de rayonnement et sur le perfectionnement d’une méthode d’élevage de masse en milieu artificiel qui permettra de fournir des charançons stériles en nombres suffisants aux producteurs.

Le travail s’effectue en équipe, avec des collègues de l’Université de Guelph et d’Agriculture et Agroalimentaire Canada. Quant à la commercialisation de la technique, cela se fera dans l’avenir.

« Je ne pense pas qu’il sera difficile de trouver une entreprise intéressée par la commercialisation si nous prouvons que concept a du potentiel », conclut-elle.