L’ADN ne ment pas : une nouvelle technologie permet l’authentification de produits alimentaires

Steven Newmaster

Jane Robinson

Guelph – Depuis déjà quelque temps, les scientifiques peuvent attribuer des codes à barres aux séquences d’ADN uniques de nombreux organismes et consigner ces informations dans des bases de données. Aujourd’hui, ils mettent cette technologie à l’épreuve afin d’authentifier divers produits alimentaires.

Steven Newmaster, professeur à l’Université de Guelph, aide les fabricants de produits alimentaires à vérifier que les produits qu’ils utilisent ne contiennent aucun ingrédient falsifié.

Des scientifiques de l’Université de Guelph ont inventé le codage à barres de l’ADN en 2003. En commençant par les séquences génétiques d’animaux et de plantes, ils sont parvenus à répertorier plus de 60 000 espèces végétales à ce jour. M. Newmaster, directeur de la Natural Health Products Research Alliance (alliance de recherche sur les produits de santé naturels) de l’Université de Guelph, s’est posé la question à savoir comment l’industrie des aliments ou des produits de santé naturels pourrait utiliser les données consignées.

À partir de ces codes à barres catalogués, il a d’abord mis au point de nouvelles bases de données génétiques pour les espèces végétales commerciales utilisées en agriculture et dans la fabrication de produits alimentaires. Cette étape a ensuite mené à la création d’un nouvel outil pour lutter contre la fraude alimentaire – la pratique d’utiliser des ingrédients de substitution moins coûteux dans l’industrie alimentaire – qui permettra bientôt aux fabricants de procéder à l’analyse des produits dans leurs propres installations.

« Alors que l’offre alimentaire diminue et que la population mondiale frôle les neuf milliards d’habitants, une pression énorme est exercée sur la chaîne d’approvisionnement, ce qui pourrait davantage inciter des entreprises à substituer ou à altérer des ingrédients », signale M. Newmaster.

Afin de commercialiser la technologie des codes à barres d’ADN de l’Université, M. Newmaster et Rob Hanner (directeur de la technologie) ont fondé TRU-ID, une entreprise biotechnologique située à Guelph. TRU-ID offre un programme de certification qui permet aux entreprises alimentaires, y compris celles des industries des aliments naturels et nutraceutiques, de vérifier l’authenticité de leurs produits.

« Nous pouvons analyser n’importe quel ingrédient, du flétan au brocoli en passant par l’échinacée, afin d’en attester l’authenticité pour les fabricants de produits alimentaires », indique M. Newmaster, le directeur scientifique de l’entreprise. « La technologie et la technique que nous utilisons se prêtent à n’importe quel produit d’origine végétale ou animale », ajoute-t-il.

Les entreprises se tournent vers TRU-ID pour garantir la qualité de leur chaîne d’approvisionnement et procéder à des analyses tout au long du processus de production, des matières premières aux produits finaux. Certains clients comme les géants des vitamines et suppléments Jamieson et Nature’s Way apposent maintenant le sceau de certification TRU-ID sur chacun de leurs emballages pour certifier l’authenticité des ingrédients.

« L’un des grands avantages de cette technologie est l’assurance d’une véritable durabilité et biodiversité des ressources », souligne M. Newmaster. « Nous pouvons ainsi avoir la certitude que nous utilisons de vrais ingrédients commerciaux et non des espèces de poissons sauvages menacées ou encore des plantes médicinales rares. »

À l’heure actuelle, l’analyse de produits par TRU-ID prend environ de 10 à 14 jours et comprend le prélèvement d’un échantillon d’ADN qui est comparé aux informations consignées dans une vaste base de données pour ainsi certifier l’authenticité de l’ingrédient. La prochaine innovation technologique – prévue en 2018 – amènera les techniques de TRU-ID directement chez les fabricants de produits alimentaires, où les ingrédients seront analysés sur place et comparés aux informations de la base de données en approximativement une heure. En recevant des résultats plus rapidement, les entreprises seront en mesure de prendre des décisions avec efficacité et en temps opportun.

Pour la suite des choses, M. Newmaster voit cette technologie aboutir ultimement dans les mains du consommateur.

« Nous travaillons à mettre au point des dispositifs microfluidiques qui donneront accès à un laboratoire par l’entremise d’une micropuce à insérer dans un téléphone intelligent ou une tablette électronique. Un jour, les consommateurs n’auront donc qu’à scanner un échantillon de nourriture pour obtenir une analyse rapide et précise par rapport aux bases de données génétiques et ainsi savoir si les ingrédients sont authentiques », conclut-il.

Image: S. Newmaster, University of Guelph