Faire des déchets une richesse par la transformation des résidus végétaux en énergie

Animesh Dutta

Par Jane Robinson

Guelph – Lorsqu’Animesh Dutta s’interroge sur les problèmes mondiaux actuels, il pense notamment à ceux liés à la sécurité énergétique, la sécurité alimentaire et le changement climatique. Le dernier projet du chercheur de l’Université de Guelph s’annonce très prometteur pour y remédier.

En tant que professeur et directeur du laboratoire d’innovation en bioénergie renouvelable (Bio-Renewable Innovation Lab) à l’école de génie de l’Université de Guelph, M. Dutta travaille essentiellement à trouver l’approche la mieux adaptée et la plus rentable économiquement pour convertir les résidus agricoles ou ceux provenant des usines de transformation alimentaire en énergie renouvelable.

Au fil de ses travaux sur la bioénergie, il a pris conscience des avantages à créer une source d’énergie renouvelable qui n’interférera pas avec la production alimentaire.

« L’économie ne semble pas considérer l’utilisation de matières premières végétales pour produire la bioénergie », dit-il. « Vous devez acheter le produit brut et les agriculteurs souhaitent obtenir pour leur récolte de biomasse un prix plus élevé que la valeur de la bioénergie qui en résulte. »

M. Dutta a ainsi entrepris de chercher d’autres sources de matières brutes pouvant être converties en bioénergie et s’est tourné vers les résidus issus des usines de transformation alimentaire et des entreprises exploitant des serres. Celles-ci utilisent beaucoup d’énergie pour chauffer les bâtiments et génèrent des déchets verts (vignes) qui exigent des agriculteurs et transformateurs d’assumer les coûts pour s’en débarrasser. Par ailleurs, les serres offrent un excellent modèle pour concevoir un système de production et de gestion énergétique en boucle fermée.

« J’ai réfléchi sur la façon dont les serres pouvaient utiliser leurs propres résidus agricoles pour générer de la chaleur », explique M. Dutta. « Mais les déchets alimentaires, par leur nature, sont très humides et nous devions recourir à un moyen plus efficace pour les transformer. »

Le séchage des déchets requiert beaucoup d’énergie et va à l’encontre de l’objectif visant à créer une nouvelle source bioénergétique efficace.

Ce constat a incité M. Dutta à développer une approche innovante pour « cuire » les déchets dans l’eau par un procédé de carbonisation hydrothermale (HTC) – obtenant ainsi un produit de carbone (biochar) et un biogaz pouvant être utilisé comme combustible de chauffage.

Cette nouvelle technique pour obtenir une énergie verte et renouvelable est idéale pour l’industrie serricole, car elle englobe à la fois les ressources brutes (résidus) et la nécessité d’un produit final (énergie).

Pour mener à bien ses recherches, Animesh Dutta travaille de concert avec une entreprise serricole de Leamington, en Ontario, afin de créer un système en boucle fermée où l’exploitant agricole peut utiliser ses propres résidus végétaux pour chauffer ses installations grâce à la bioénergie.

« Ce système apporte des solutions aux problèmes concernant le changement climatique, la production de biogaz, la gestion des eaux usées et la santé des sols », ajoute M. Dutta.

Afin de pouvoir mieux expliquer le procédé HTC aux producteurs serricoles, M. Dutta et son équipe travaillent actuellement à bâtir une installation de démonstration à Leamington qui sera opérationnelle dès 2018.

Les travaux du chercheur cadrent parfaitement avec le projet de loi 151 mis en place en 2016 par le gouvernement provincial – Loi sur la récupération des ressources et l’économie circulaire – visant à créer des marchés pour les ressources récupérables.

« Les résidus constituent une ressource offrant beaucoup de potentiel », conclut M. Dutta. « Nous devons trouver un moyen plus efficace de transformer les résidus en énergie, et l’objectif de cette recherche est de faire connaître ces nouveaux débouchés pour les déchets verts. »

Animesh Dutta estime que l’industrie de la transformation des aliments est le prochain secteur susceptible de profiter du procédé HTC.

Photo source: University of Guelph