Faciliter la digestion des fibres pour les porcs

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Photo de Farm & Food Care Ontario

Qu’arriverait-il si nous pouvions rediriger les grains de grande qualité comme le maïs et le blé à partir de l’alimentation du bétail pour nourrir la population mondiale croissante?

Un chercheur de l’Université de Guelph se pose cette question depuis des années et s’est mis à la recherche d’une solution pratique.

Professeur et chercheur du département des sciences animales et de la volaille de l’Université de Guelph, le Dr Ming Fan travaille à trouver un moyen d’accroître la digestibilité naturelle des aliments pour bétail de qualité inférieure, qui selon lui, permettra d’avoir plus de grains disponibles pour la consommation humaine ou pour la production d’éthanol-carburant, une alternative en matière de combustible durable sur le plan de l’environnement. Le maïs, le blé, l’orge, l’avoine, le seigle et le sorgho sont tous considérés comme des grains de grande qualité consommés par les humains et le bétail.

Plusieurs techniques de transformation du grain créent des sous-produits de grains qui sont très nutritifs, mais indésirables pour la consommation humaine ou pour une transformation ultérieure.

Ces sous-produits, y compris les cosses de blé (l’enveloppe du grain), les remoulages bis et les drêches de distillerie (provenant de la distillation et de la production d’éthanol), sont riches en fibres alimentaires et pourraient remplacer les grains de grande qualité et dispendieux, traditionnellement destinés au bétail, comme le maïs et le blé.

Comme pour les humains, le problème est que le bétail monogastrique (animaux avec une seule chambre d’estomac) comme les porcs ont de la difficulté à digérer un niveau élevé de fibres.

« Vous est-il déjà arrivé d’avoir mal au ventre pour avoir trop mangé d’un certain aliment comme de la crème glacée ou du pain? », demande le Dr Fan. « Puisqu’ils ne peuvent pas en digérer trop en même temps, les porcs ressentent la même chose s’ils mangent trop de fibres. »

P127 - webFamilier avec le système digestif des porcs, le Dr Fan mène la recherche depuis 2009 pour trouver la solution qui permettra de résoudre la digestibilité des fibres.

Les sous-produits de grains et autres produits alimentaires pour le bétail de qualité inférieure sont économiquement avantageux; les recherches du Dr Fan pourraient modifier les aliments pour le bétail et l’industrie du grain, si les agriculteurs ont la capacité de maintenir la grande valeur nutritive des aliments à moindres coûts.

« Trouver une dégradation naturelle des fibres ou des enzymes digestives permettrait aux agriculteurs d’en produire davantage avec moins », indique le Dr Fan. « Cela signifie un élevage de porcs en santé avec leurs besoins alimentaires satisfaits, et ce, avec des aliments pour bétail à moindres coûts. »

Il a découvert une enzyme microbienne d’origine naturelle dans l’intestin du porc, laquelle a récemment été brevetée.

Celle-ci digère les fibres et le Dr Fan tente de reproduire cette enzyme naturelle de manière à accroître la capacité du porc à digérer des grains de qualité inférieure et des sous-produits riches en fibres.

Encore aux toutes premières étapes, cette enzyme nouvellement découverte représente un nouveau type de biocatalyseur pour la dégradation de la fibre pour le bétail; avec un développement additionnel, celui-ci pourrait accroître l’efficacité des aliments pour animaux et améliorer la digestion.

Tout comme les humains prennent des compléments alimentaires pour améliorer leur bactérie digestive, le Dr Fan a l’intention de reproduire naturellement l’enzyme de manière à développer un aliment complémentaire pour les animaux.

« Alimenter les porcs avec l’enzyme digestive comporte un énorme potentiel pour l’industrie du bétail », indique le Dr Fan, lequel s’attend à ce que la capacité de transformation des aliments s’améliore chez les porcs de presque 10 %.

Le Dr Fan mentionne que les enzymes requièrent davantage de développement avant de pouvoir être offerts sur le marché de l’alimentation du bétail; celui-ci est à finaliser ses données expérimentales pour la commercialisation.

« Nous avons trouvé une enzyme bactérienne naturelle dans l’intestin qui sera reproduite et donnée comme complément alimentaire aux porcs afin d’améliorer leur digestion d’aliments riches en fibre, de grains de qualité inférieure et de sous-produits », indique le Dr Fan. « Accroître l’efficacité de l’alimentation du bétail de cette façon pourrait révolutionner le contexte de l’industrie des aliments pour le bétail. »

Le financement pour la phase la plus récente de la recherche du Dr Fan est fourni par le programme Gryphon’s LAAIR (Leading to Accelerated Adoption of Innovative Research) appuyé par l’initiative fédérale-provinciale-territoriale Cultivons l’avenir 2.